IVRY-SUR-SEINE – ÉTAPE 4

La Tracterie : l’atelier-café du collectif Ne Rougissez Pas !

Vendredi 4 octobre / 11h – 11h30

Le collectif d’artistes Ne Rougissez Pas ! transforme son atelier d’Ivry-sur-Seine en café ouvert au public. Il inaugure ainsi un lieu culturel d’un genre nouveau : La Tracterie. Membres du collectif, Colette Ducamp et Florent Alexandre, nous racontent comment ils ont conçu l’identité visuelle du Grand Tour.

Quittant les abords du boulevard périphérique nous rejoignons la Tracterie, l’atelier du collectif d’artistes Ne Rougissez Pas !, situé au nord d’Ivry-sur-Seine. Tous deux membres du collectif, les designers Florent Alexandre et Colette Ducamp ont participé à la création de l’identité visuelle du Grand Tour du Boulevard des Arts, déclinée sous forme de flyers, de programmes et d’affiches. L’affiche en particulier sert de support aux ateliers Tapator (Tampons du patrimoine ordinaire) menés par les étudiantes du DSAA Alternatives Urbaines de Vitry-sur-Seine. Récemment transformée en café ouvert au public, la Tracterie se trouve à l’angle de la cité des Longs-Sillons, un ensemble d’habitations construit en 1986 par l’architecte Iwona Buczkowska, selon des principes proches de ceux de Jean Renaudie, auteur avec Renée Gailhoustet de la rénovation centre-ville d’Ivry. Face à cette architecture de béton brut à pans obliques, de l’autre côté de la rue, se dresse le vieux moulin de la Tour, datant du xviie siècle et classé monument historique. Nous nous massons dans le hall de la Tracterie, entièrement rempli ce matin par le public du Grand Tour, où Florent et Colette, juchés sur un escalier, nous présentent leurs activités. En dialogue avec Stefan Shankland.

FLORENT ALEXANDRE : Je m’appelle Florent, je suis designer produit, Colette est graphiste, nous faisons partie du collectif Ne Rougissez Pas ! qui mélange plusieurs disciplines et savoir-faire artistiques dans le but de les intégrer dans des processus créatifs et participatifs au sein de différentes collectivités, notamment les maisons de quartier, les écoles, et d’autres publics particuliers. Plusieurs formes peuvent se dégager de ces projets, cela peut-être du mobilier léger, une signalétique, un journal… Ici vous êtes à la Tracterie. Ne Rougissez Pas ! est présent à Ivry depuis un peu plus de quatre ans, mais nous avons décidé d’ouvrir ce café pour nouer une relation plus profonde avec les habitants de la cité des Longs-Sillons. La Tracterie, c’est notre café-atelier ou atelier-café, les deux sens fonctionnent. L’idée est d’avoir un lieu d’accueil du public, un lieu ressource pour les habitants, qui soit aussi pour nous un lieu de travail. La partie café se trouve à l’entrée, et dans la partie supérieure, il y a nos bureaux et nos ateliers. Nous faisons de la sérigraphie, de la reliure, de la petite construction en bois, et toutes ces activités sont proposées aux habitants sous forme d’initiation, pour qu’ils puissent développer une pratique artistique au sein du quartier. Je vais passer le micro à Colette pour qu’elle vous présente notre collaboration graphique au Boulevard des Arts.

COLETTE DUCAMP : Stefan Shankland et Lieux communs production ont fait appel à nous pour la communication graphique autour du Grand Tour du Boulevard des Arts. Ils nous ont transmis le fonds iconographique qu’ils ont rassemblé sur le patrimoine du Boulevard des Arts. La notion de Boulevard des Arts est un peu abstraite, mais le territoire regorge d’infrastructures, d’œuvres, de monuments, de matériaux de chantier… Nous avons traité ces éléments avec des outils différents, le dessin, la vectorisation, ce qui nous a permis de constituer une collection de pictogrammes, pour ensuite composer quelque chose comme le paysage graphique du Boulevard des Arts. Nous avons produit l’affiche que vous pouvez voir exposée ici, et que vous avez pu voir un peu partout dans la ville. Il en existe deux versions. Une première version sans typographie avec seulement un fond orange et des pictogrammes en blanc, destinée au Tapator. Le Tapator est un projet élaboré en collaboration avec les étudiantes du DSAA Alternatives Urbaines, qui ont créé une presse typographique pour personnaliser ces affiches avec les habitants des différentes villes traversées par le Boulevard des Arts. Une deuxième version typographiée avec l’expression Boulevard des Arts et des informations, destinée à être collée sur les murs de la ville.

Toutes nos activités sont proposées aux habitants sous forme d’initiation.

STEFAN SHANKLAND : Ce n’est pas facile pour des graphistes de créer l’identité visuelle d’une entité dont on cherche encore à définir les contours. L’identité du Boulevard des Arts est l’objet de notre recherche – c’est notamment pour avancer dans cette recherche que nous avons mis en place le Grand Tour, qui consiste à explorer le territoire ensemble et collecter auprès d’experts ou d’habitants ce qui pour eux fait la valeur de ce boulevard. Ce que nous avons apprécié, c’est que vous avez accepté de travailler avec un concept encore ouvert et composé d’une constellation d’éléments. Peut-être peux-tu nous dire comment vous avez transformé en signes cette collection de fragments urbains faite de bâtiments, d’œuvres d’art et de morceaux de paysages ?

COLETTE DUCAMP : Dans le fonds iconographique que vous avez mis à notre disposition, nous avons choisi des éléments phares de chaque ville. On peut reconnaître L’Oiseau pylône d’Orly, la statue de Rouget-de-Lisle à Choisy, la cheminée de Dubuffet à Vitry, mais aussi le périphérique, la sous-face de l’A86, ou des plots de chantier. Ces éléments, il a fallu les faire communiquer entre eux, sans les hiérarchiser. Chaque élément à une place presque égale sur l’affiche. Le tout c’était de jouer avec toutes ces images pour montrer que le Boulevard des Arts les traverse et qu’elles composent son paysage urbain. La typographie est travaillée au pochoir, ce qui rappelle les marquages au sol de la ville. Elle a des formes assez anguleuses qui font référence au contexte urbain. Nous avons fait le choix d’une typographie assez imposante, mais facile à superposer avec les images du fond.

STEFAN SHANKLAND : Je retiens cette idée d’absence de hiérarchie. Quand on évoque le Boulevard des Arts, on pourrait avoir tendance à mettre en avant les institutions culturelles majeures comme le Mac Val ou la Briqueterie, puis les œuvres d’art, signées par des artistes-auteurs, du plus connu au moins connu, et on passe ensuite au reste. Nous avons fait le choix de regarder les choses de façon moins hiérarchique et moins compartimentée. Nous nous sommes intéressés à la notion de patrimoine au sens large. Un patrimoine qui inclurait des objets et des monuments remarquables, des institutions culturelles, des œuvres, mais aussi des événements passés, ordinaires et extraordinaires, des bâtiments et des marqueurs du territoire qui sont importants pour les usagers, des espaces et des paysages auxquels les habitants sont attachés.

Colette Ducamp, designer graphique, collectif Ne Rougissez Pas !

Florent Alexandre, designer produit, collectif Ne Rougissez Pas !

Stefan Shankland, directeur artistique de l’AMO artistique et culturelle Boulevard des Arts

Le Moulin de la Tour

La cité des Longs-Sillons, architecte Iwona Buczkowska, 1986

La Tracterie, atelier-café du collectif Ne Rougissez Pas !