IVRY-SUR-SEINE – ÉTAPE 4

Le Passage : Un équipement culturel arts/territoire

Vendredi 4 octobre 2019 / 13h -14h30

Construit avec des matériaux de chantier, l’Atelier/TRANS, qui accueillit de manière temporaire les équipes du projet TRANS305, est aujourd’hui voué à se pérenniser pour devenir Le Passage, un lieu ressource pour les habitants du quartier. Stefan Shankland et Juliette Bradford nous présentent le projet.

Quittant la place du Général-de-Gaulle et la Zac du Plateau, nous nous engageons dans une petite ruelle pavillonnaire, le passage Hoche, pour une pause déjeuner au lieudit l’Atelier/TRANS – Le Passage. Au cœur de ce fragment de la ville d’autrefois, des maisons basses aux toits de tuiles qui contrastent avec l’axe de la RD5, les immeubles de la Zac et les barres de la cité Hoche, l’Atelier/TRANS se présente comme une architecture modulaire, faite de conteneurs aménagés, empilés les uns sur les autres et reliés sur deux étages pas des échafaudages. Au rez-de-chaussée une cuisine et une salle de réunion se font face de part et d’autre d’une petite cour intérieure. Sur le toit du plus haut conteneur une terrasse bardée de bois offre une vue inédite sur le quartier. Stefan Shankland et Juliette Bradford nous ouvrent les portes de ce lieu de travail et de vie promis à devenir un lieu culturel de proximité : Le Passage.

STEFAN SHANKLAND : Nous sommes au 14, passage Hoche, dans une architecture expérimentale initialement pensée comme temporaire, réalisée avec une partie des composants de l’Atelier/TRANS305 que nous avions installés sur le chantier du ministère des Finances le long de l’avenue de Verdun. Quand l’espace public au pied du ministère des Finances est entré en travaux, il a fallu démonter l’atelier. Avec Gilles Montmory, nous avons cherché un emplacement sur lequel réimplanter cet atelier, qui était pensé pour être déplacé au cours des douze années de chantier de la Zac. Ici c’était une dent creuse. En fait, il faut imaginer qu’à l’arrière des pavillons qui constituent le passage, il y avait un très grand entrepôt d’import-export asiatique qui faisait toute la longueur du passage Hoche. Nous sommes au niveau de l’entrée latérale de cet entrepôt. Quand l’entrepôt a été démoli, ce terrain est resté vide et nous sommes venu nous y implanter avec une nouvelle composition des éléments de l’Atelier/TRANS305 redessinée avec Florian Bosque Malavergne (Si architectes). Nous avons également travaillé avec le collectif d’architectes YA+K, qui s’est occupé de l’aménagement intérieur du conteneur qui donne sur la rue (la Meka), et qu’on avait invité en résidence à l’Atelier/TRANS pendant deux ans pour nous accompagner sur le projet « Plateau d’été ». Chaque été, sur le chantier de la place du Général-de-Gaulle, au cœur de la Zac, on organisait un workshop de trois semaines, suivi de temps publics. Ici, au 14, passage Hoche c’était notre bureau et notre lieu de vie. Lorsque le projet TRANS305 s’est terminé fin 2018, s’est posé la question du devenir de ce lieu. Que faire des matériaux ? Faut-il les jeter, les réemployer, en faire une œuvre d’art ? Est-ce qu’on réhabilite et maintient cette architecture atypique sur site ? C’est une phase de transition assez complexe, dont nous ne sommes pas encore tout à fait sortis. La pérennisation d’une architecture éphémère n’est pas évidente : les matériaux de chantier, planches de coffrage, filets, échafaudages, conteneurs, etc., ne sont pas faits pour durer. Cela représente un enjeu à la fois technique, juridique et culturel. Aujourd’hui c’est l’association Lieux Communs production, avec laquelle on avait travaillé sur TRANS305, qui a repris ce projet en main pour en faire Le Passage. Je laisse la parole à Juliette Bradford, coordinatrice du projet Le Passage.

Comment faire de cet espace de formation qu’a été TRANS305 un outil au service des autres ?

JULIETTE BRADFORD : La question qui s’est posée à nous est celle de l’après. Que faire après un projet d’urbanisme transitoire tel que TRANS305 ? L’association avait été créée notamment pour porter la démarche HQAC sur la Zac du Plateau. Maintenant que le chantier est terminé, quel est son devenir ? Comment faire pour ancrer ses compétences sur le territoire ? Comment les mettre au service des habitants ? Pour répondre à ces questions, nous avons conduit durant deux ans une démarche de concertation auprès des habitants, des riverains et des arrivants des mille nouveaux logements de la Zac du Plateau, des acteurs locaux, des écoles et des maisons de quartier, des services de la ville. Nous avons construit un programme de transition avec la volonté commune de créer un point de repère, un point de rencontre autour des pratiques artistiques et culturelles liées aux transformations urbaines.

Nous avons ainsi dégagé trois axes de travail. Tout d’abord, créer un lieu de vie intégré à la vie locale avec un café-cuisine partagé, un potager, créer un espace de convivialité dans un quartier complètement nouveau. Ensuite, développer le lieu de travail. Ici ce sont les bureaux de l’association LCP, mais comment créer un lieu de travail qui soit ouvert aux initiatives citoyennes, une sorte de pôle de compétences qui reprenne les savoir-faire que nous avons développés pendant douze ans ?  À l’école, on ne nous apprend pas forcément à devenir « urbaniste culturel » ou « designer d’alternatives », des nouveaux métiers et de nouvelles compétences qu’on a parfois encore du mal à nommer. Comment faire de cet espace de formation qu’a été TRANS305 un outil au service des autres ? Il était important pour nous de considérer l’enjeu de la transmission, de définir et de relancer les savoir-faire que nous avions acquis. Enfin, il s’agit de créer un lieu ressource pour valoriser ce type de démarches, tout en élaborant une programmation avec les personnes auprès desquelles nous avons mené cette concertation, que la programmation de ce lieu soit le résultat d’une gouvernance partagée.

Pour cela nous avons dû trouver des financements. Cette question du devenir des projets d’urbanisme transitoire a notamment intéressé la région Île-de-France qui nous a octroyé une subvention pour financer les travaux de réhabilitation ainsi que la réflexion sur la question de la transition. La région finance 50 % des travaux de réhabilitation du lieu pour le transformer en équipement public local. Pour nous, il est important de prolonger la démarche de co-construction qui était au cœur de TRANS305. Du coup, nous avons également déposé le projet du Passage au budget participatif de la ville d’Ivry-sur-Seine, dont nous sommes est arrivés premiers en juillet dernier. Ce qui signifie que les habitants ont voté pour ce projet.

Après ces deux années de travail, les choses vont enfin pouvoir démarrer. Nous allons organiser un temps de préfiguration entre cet automne et mars prochain, et en mars se mettra en place un chantier collaboratif qui va permettre de construire ce lieu avec d’autres, pour créer ce que l’on a appelé un lieu culturel de proximité, un lieu culturel de territoire. Notre idée n’est pas d’imposer un projet, mais de créer un cadre, de faire en sorte que du territoire émerge des forces vives qui répondent aux besoins que nous avons identifiés durant deux ans. Tout reste encore à imaginer et à construire, c’est ce qui nous attend pour les prochaines années.

Stefan Shankland, directeur artistique du projet TRANS305 (2007-2018)

Juliette Bradford, co-fondatrice et coordinatrice du projet Le Passage

Atelier/TRANS – Le Passage