VITRY-SUR-SEINE – ÉTAPE 5

Le Pavillon des points de vue d’Alain Bublex

Samedi 5 octobre 2019 / 12h30 – 13h

Sur le belvédère du Pavillon des points de vue de l’artiste Alain Bublex, d’où l’on domine le chantier de la Gare de Vitry Centre, Juliette Giovannoni nous présente le programme culture et création qui accompagne l’aménagement des lignes du Grand Paris Express.

Après avoir exploré les strates historiques de Vitry-sur-Seine en compagnie de l’archéologue Sébastien Poignant, nous montons maintenant sur le Pavillon des points de vue de l’artiste Alain Bublex pour contempler le chantier de la gare de Vitry Centre qui a succédé aux fouilles. Le pavillon, une structure de verre et d’acier, dotée d’une terrasse à laquelle on accède par un escalier anguleux, dépasse de quelques centimètres les hautes palissades du chantier. Derrière ces palissades, s’ouvre un cratère de béton rempli d’engins, d’échafaudages et câbles, au-delà duquel se dressent les tours de la cité Robespierre. Sur l’arrière-plan de ce paysage urbain en mutation, Juliette Giovannoni nous fait part de l’ambition artistique de la Société du Grand Paris et nous explique pourquoi la société a choisi d’installer l’œuvre d’Alain Bublex dans le parc du Coteau-Marcel-Rosette. En dialogue avec Stefan Shankland.

JULIETTE GIOVANNONI : Le Pavillon des points de vue d’Alain Bublex fait partie de la collection d’œuvres d’art nomades de la Société du Grand Paris. Ces œuvres sont vouées à circuler sur le futur réseau du Grand Paris Express actuellement à l’état de chantier. Le pavillon est un abri-belvédère. Alain Bublex l’a conçu comme un signal et une structure permettant de prendre de la hauteur. Cette œuvre a été réalisée en 2015 dans le cadre du festival Paris La Défense Art Collection et a été racheté par la Société du Grand Paris pour offrir un point de vue sur ses chantiers. Il a d’abord été installé près de la gare de Noisy-Champs, en 2018, et a pour vocation d’aller sur d’autres territoires. La programmation artistique de la Société du Grand Paris comporte également d’autres volets. Il y a les Chantiers partagés auxquels participe Ne Rougissez Pas !, avec le projet « La Ligne Z », des résidences artistiques aux abords des chantiers sur chaque territoire. Le collectif Ne Rougissez Pas ! avait déjà travaillé l’année dernière sur le chantier de la gare des Ardoines. Cette année ils travaillent autour de la gare de Vitry Centre. Ces ateliers s’adressent aux riverains et aux futurs usagers du réseau, autour de plusieurs enjeux : la question de l’urbain, comment les gens perçoivent l’arrivée du métro. Ce nouveau réseau va complètement transformer la Petite Couronne. Pour l’instant quatre lignes sont prévues : 15, 16, 17 et 18. Cela représente 200 km de réseau et 68 gares. On dit que le Grand Paris Express circule « autour de Paris », mais en fait il traverse des villes qui ont chacune leur propre identité, et qui seront dotée d’une gare. Ces gares ne sont pas seulement des entrées de métro, elles répondent à une ambition architecturale. Chaque gare a son identité propre, chacune est conçue par des architectes différents, pour marquer l’identité et la différence de chaque territoire. Celle du parc du Coteau-Marcel-Rosette est donc destinée à enrichir le patrimoine du Boulevard des Arts. Avec le projet Tandem, cette dimension architecturale est doublée d’une ambition artistique, puisque chaque gare accueillera une œuvre d’art, qui ne sera pas conçue après-coup pour être installée dans le lieu, mais sera le fruit d’une collaboration entre l’artiste et l’architecte. Cette ambition est portée par un groupement artistique, dirigé par José Manuel Gonzales, auquel sont associés Eva Albarran & Co, une structure de production qui nous aide à la mise en place de ces projets, la société Manifesto qui est mandataire, et le centre d’art Le 104 qui nous accompagne pour la coordination des projets.

Le chantier est un véritable théâtre de techniques en perpétuelle évolution.

STEFAN SHANKLAND Selon vous qu’est-ce qui fait que l’endroit où nous sommes est une œuvre ? Pourquoi parler d’œuvre plutôt que de belvédère ou d’architecture ? Et pour l’artiste qui a construit cette œuvre, l’œuvre est-elle dans sa forme, dans sa capacité à créer une fonction qui est de contempler le chantier, dans sa mobilité ? Quel est le point important de cette œuvre ?

JULIETTE GIOVANNONI : Il est vrai qu’il s’agit d’un objet qui a un usage, ce qui n’entre pas forcément dans la définition d’une œuvre d’art. Mais il y a plusieurs choses qui en font une œuvre. Tout d’abord son intégrité : si on voulait faire une intervention plastique sur le pavillon, il faudrait s’adresser à l’artiste, dans la mesure où l’on doit en respecter la propriété intellectuelle. On ne peut pas la dénaturer, la transformer comme on pourrait le faire avec un élément de mobilier urbain. Son identité n’est pas la même que celle de n’importe quel objet dans l’espace public. Le Pavillon des points de vue donne à voir quelque chose qu’on ne pourrait pas voir en son absence. C’est pour cette raison qu’il s’adapte particulièrement au contexte du chantier. Le chantier de la gare de Vitry Centre est entouré de palissades qui font 4 m de haut, qui sont épaisses pour des raisons acoustiques, pour limiter les nuisances au maximum. Cela rend le chantier invisible au public, alors que c’est un véritable théâtre de techniques, en perpétuelle évolution, qui nourrit beaucoup d’interrogations auprès des habitants. Ceux qui habitent en hauteur dans les tours peuvent l’observer, mais le passant dans la rue ne voit rien. Le pavillon répond à l’envie de donner à voir le chantier comme un spectacle en soi. Sous la terrasse du belvédère, il y a aussi une salle pour accueil le public. Le pavillon est donc conçu comme un point de rencontre et d’échange. Le collectif Ne Rougissez Pas ! viendra y faire la restitution de son atelier participatif « La Ligne Z » le 19 octobre. Cette fonction d’accueil est importante.

Juliette Giovannoni, chargée de mission culture, Société du Grand Paris

Stefan Shankland, directeur artistique de l’AMO artistique et culturelle Boulevard des Arts

Le Pavillon des points de vue, Alain Bublex, 2015

Chantier de la gare Vitry Centre

Quartier Robespierre