Orly – Étape 2

Rencontre avec les paysagistes du parc de l’Oiseau

Samedi 21 septembre 2019 / 12h30 – 14h30

Le parc Marcel-Cachin d’Orly se change en parc de l’Oiseau, du nom de L’Oiseau pylône, sculpture monumentale d’Olivier Agid. Inspiré de l’univers et des savoir-faire des parcs à thèmes, ce parc hors du commun se veut un espace ludique et convivial destiné aux enfants des quartiers voisins.

Nous avons rendez-vous en début d’après-midi avec Blaise Pons et Julien Pillault, les paysagistes chargés du réaménagement du parc Marcel-Cachin. Le parc était à l’origine une plaine sur laquelle fut construite une cité d’urgence en 1955, avant même la construction du Grand Ensemble d’Orly. Après la destruction de la cité devenue insalubre, dans les années 1970, l’espace laissé vacant fut changé en parc : une pelouse bordée de paulownias qui accueillait festivités, marchés et compétitions sportives. En 1986, L’Oiseau pylône, sculpture monumentale d’Olivier Agid, est venu se poser à l’angle sud-ouest du terrain, en bordure de l’avenue Marcel-Cachin, futur Boulevard des Arts. Avec la rénovation des quartiers alentours, la ville a décidé de confier le réaménagement du parc à deux paysagistes dont la proposition surprend. À cet oiseau gigantesque, ils ont décidé d’offrir un décor inspiré des parcs à thèmes : une fontaine canyon en béton décoratif et des œufs géants sur treillis d’acier, amorçant ainsi la métamorphose du parc Marcel-Cachin en parc de l’Oiseau.

BLAISE PONS : En septembre 2017, nous avons gagné l’appel d’offres sur l’aménagement du parc, un espace de 1,3 ha dans un quartier en pleine rénovation. Quand nous sommes arrivés sur le site, la première chose que nous avons remarqué, évidemment, c’est L’Oiseau pylône. Au début on le trouvait trop imposant et quelque peu agressif et puis, rapidement, on a fini par l’apprivoiser. Nous avons réalisé que cet oiseau était une chance etsa présence nous a inspiré la conception du parc.

JULIEN PILLAULT : Ce qui est curieux, c’est que L’Oiseau pylône n’était pas mentionné dans le programme du concours. On l’a découvert lors de notre première visite. Il n’y avait alors qu’une grande pelouse et cet oiseau. Pour nous c’est tombé sous le sens qu’il fallait le mettre en valeur et s’en servir. Je pense qu’on a pointé du doigt l’intérêt de cette œuvre. J’ai eu le sentiment qu’elle était un peu tombée dans l’oubli, personne n’y prêtait attention, on avait tendance à ne plus la voir.

BLAISE PONS : Dans les années 1950, ici, on est venu construire la ville sans réflexion d’ensemble, sans ancrage sur le territoire. Cette œuvre monumentale a été posée sur un terrain vague en guise de repère, afin de donner une identité à cet espace maltraité. Cet oiseau donne aujourd’hui l’échelle aux aménagements alentours. C’est lui qui a déterminé la dimension et l’esthétique de l’aire de jeux et de la fontaine. On a voulu développer un univers et raconter une histoire en lien avec L’Oiseau pylône.

JULIEN PILLAULT : À l’origine, l’artiste avait prévu un éclairage scénique. Les yeux de l’oiseau étaient éclairés par des projecteurs posés au sol. Cela a créé des nuisances dans le voisinage, car les lumières étaient trop fortes. Nous avons proposé à la municipalité de remettre en valeur la sculpture, y compris la nuit, en retravaillant l’éclairage avec des techniques contemporaines, plus douces. Les yeux seront de nouveau illuminés, et il y aura un éclairage de la sculpture orienté vers le bas afin de limiter la pollution lumineuse.

BLAISE PONS : Les cheminements en lignes brisées et le vocabulaire du treillis métallique de l’aire de jeux nous ont été inspirés par l’esthétique industrielle de l’oiseau et l’énergie qu’il dégage. L’artiste a détourné ce langage industriel à des fins artistiques. Son œuvre évoque un univers fantasmagorique et futuriste où les pylônes se transformeraient en oiseau, symbole de l’envol et du voyage.

Des fontaines comme celle-là, il n’en existe pas dans l’espace public.

JULIEN PILLAULT : Malheureusement nous n’avons pas réussi à rencontrer Olivier Agid, on aurait aimé qu’il nous donne son avis sur le projet. Mais nous avons essayé de respecter son œuvre. Son énergie, ses angulations, ses formes un peu brutales, tout cela se retrouve dans le choix des lignes, des couleurs et des matériaux que nous avons fait pour le parc. L’Oiseau pylône devait indiquer l’entrée du parc. On a insisté auprès de la ville pour que le chemin passe sous la sculpture.

BLAISE PONS : Ce que nous avons également pris en compte, c’est la forte présence des enfants dans le voisinage du parc. Vous avez un collège et deux écoles primaires, une ludothèque et une maternelle. Cet espace allait être la grande cour de récréation du quartier et la caisse de résonance de cette jeunesse débordante. Sur l’aire de jeux, on a suspendu trois œufs à des hauteurs différentes. Ces œufs sont en inox et en acier galvanisé et l’intérieur est en bois. On pourra grimper sur des filets, descendre en toboggan géant, passer sur des ponts de singe. Ajouté à cela, il y a trois trampolines et deux balançoires nids d’oiseau. C’est une offre très particulière, conçue sur mesure, en dialogue avec une entreprise française spécialisée dans les jeux pour parc à thèmes. Nous avons intégré en ville, la spécificité et la technicité des jeux propres aux parcs d’attractions pour le plaisir des plus grands. 

JULIEN PILLAULT : Nous avons expliqué à la mairie que nous voulions des jeux uniques et de grandes dimensions dans lesquels on puisse monter, ou des trampolines pour évoquer l’envol. On s’est demandé si tous les enfants d’Orly avaient la possibilité de partir en vacances. Cette idée du voyage, de l’ailleurs, a aussi déterminé la conception de la fontaine. C’est un parc pour s’amuser.

BLAISE PONS : La fontaine était demandée au programme, mais sous la forme une simple fontaine sèche. On s’est dit qu’il fallait qu’on invente autre chose. On a voulu une grande fontaine évoquant un canyon au cœur d’une prairie plantée de conifère. Le canyon est en béton décoratif. Là aussi les techniques propres aux parc à thème ont été reprises. C’est une mise en œuvre qui nous a permis de modeler les rochers comme on le souhaitait. Pour ce qui est de la technique de construction, il s’agit d’un squelette fait de tiges d’acier soudées entre elles sur lequel on va venir poser une membrane. Sur cette membrane est projetée une première couche de béton, puis une couche de finition qui sera sculptée et peinte.

JULIEN PILLAULT : Le béton décoratif est une technique relativement artisanale, dans le sens où on a affaire à des gens qui travaillent de leurs mains. Tout est dans l’échange avec le sculpteur, dans la compréhension du projet. Nous avons commencé par faire des croquis du canyon, que l’on a transmis à l’entreprise. L’entreprise a réalisé une maquette d’étude sur un format A3, sur laquelle nous avons retravaillé. On l’a griffée, on a rajouté des éléments. Ensuite cette maquette a été numérisée pour permettre à l’entreprise de monter la structure. Mais entre la maquette et le résultat final, il y a encore des modifications. Les formes sont là, mais la couleur, la dynamique n’y est pas. C’est donc sur le chantier que s’élabore la forme définitive dans un dialogue avec le sculpteur. Avec le béton, vous avez toutes sortes d’interventions possibles, vous pouvez le creuser, faire des failles. Ce qui va relativement vite, grâce à des techniques performantes.

BLAISE PONS : Les entreprises françaises qui pratiquent ce genre de technique ont été formées par les ingénieurs et techniciens de Disneyland Paris lors de sa construction. Des fontaines comme celle-là il n’en existe pas dans l’espace public. La municipalité d’Orly nous a fait confiance. Dans un espace urbain dense, on avait envie d’offrir une fontaine monumentale. Elle permet de lutter contre les îlots de chaleur, tout en amusant les enfants par des nombreux jeux d’eau composés de jets, de brumes, de résurgences et de cascades.

JULIEN PILLAULT : La fontaine est accessible pour les personnes à mobilité réduite, on peut descendre dans le canyon se tremper les pieds. Bien sûr, il y a aussi des enfants qui grimpent sur les rochers. Mais nous avons convaincu la municipalité de sortir de la vision sécuritaire qui règne aujourd’hui. Elle nous a suivi là où peu de villes l’auraient fait. Une fois que les conifères seront plantés, l’accès au sommet des rochers sera plus limité. Nous avons choisi le pin de Serbie au port élancé car outre son esthétique, il est adapté aux conditions climatiques et pédologiques du site.

BLAISE PONS : Le chantier sera terminé cet hiver, mais le parc est ouvert. Il reste encore des arbres à planter et de la prairie à semer. La terre que vous voyez ici, c’est la terre du site. Il n’y a aucun apport, tous les volumes sont issus des remblais et déblais. On a utilisé la fumure du centre équestre local. Le long de l’avenue Marcel-Cachin, nous avons conservé les arbres existants, entre lesquels on pourra circuler sur un caillebottis en métal. C’est un espace qui est plutôt à l’ombre, traversé par une rivière sèche, sanctuariser pour favoriser la biodiversité. Il reste toutefois accessible grâce à un cheminement surélevé par rapport au niveau du sol, qui invite une nouvelle fois au jeu et à la découverte en multipliant les parcours.

Blaise Pons, paysagiste, Vé Paysages

Julien Pillault, paysagiste, Parkour Paysage

Parc de l’Oiseau, Vé Paysages, Parkour Paysage, 2019

L’Oiseau pylône, Olivier Agid, 1986

Les étudiantes du DSAA Alternatives Urbaines ont rédigé leur carnet de bord du Grand Tour. Un atelier d’écriture animé par Métie Navajo, autrice en résidence au Théâtre Jean-Vilar de Vitry.

 

« Le voila l’Oiseau pylône – Orlywood » (Lucie)

Pique-nique sur butte de terre face au grand canyon – que fait ce gros caillou dans Orly ? Place à l’explication – les avis divergent chez les habitants  – enthousiasme – incompréhension – monsieur Orlywood : « On est à Los Angeles ? On fait un remake des cow-boys et des indiens ? »