ÉTAPE 1 – ÉTAPE 5

TAPATOR (TAMPONS DU PATRIMOINE ORDINAIRE)

Atelier de création graphique

Tout au long du Grand Tour, les étudiantes du DSAA Alternatives Urbaines de Vitry-sur-Seine ont animé les ateliers « Affiches en chantier » autour de la question du patrimoine ordinaire. Cela grâce au TAPATOR, un dispositif mobile de leur invention.

Le DSAA Alternatives Urbaines est partenaire de la mission AMO artistique et culturelle Boulevard des Arts depuis son démarrage en 2017. Le geste inaugural de cette collaboration fut la performance « Studio 11 km », un enregistrement photographique de la façade est de la RD5 entre Paris et Orly, produit grâce à un dispositif mobile déplacé le long du linéaire. Pour clore la mission Boulevard des Arts, l’équipe enseignante et les étudiantes de première année du DSAA Alt-U, ont inventé un nouveau dispositif mobile, baptisé TAPATOR. Tout au long du Grand Tour du Boulevard des Arts, le TAPATOR a fait escale au Centre culturel Aragon-Triolet d’Orly, à la Briqueterie CDCN du Val-de-Marne et au festival Mur/murs de Vitry-sur-Seine pour animer les ateliers « Affiches en chantier ».

Le TAPATOR (TAmpons du PATrimoine Ordinaire) est une presse typographique mobile conçue, construite et animée par les étudiantes du Diplôme Supérieur d’Arts Appliqués (DSAA) Alternatives Urbaines du lycée Chérioux de Vitry-sur-Seine, avec l’aide du collectif de graphistes, d’artistes et de designers Ne Rougissez Pas !

Déplacé sur une remorque tractée par une mobylette, le TAPATOR a accompagné le Grand Tour du Boulevard des Arts dans ses différentes étapes et s’est installé sur l’esplanade du quartier Robespierre de Vitry-sur-Seine pour le dernier jour du festival Mur/murs.

L’objectif du TAPATOR était de récolter les impressions des habitants des villes traversées par le chantier du Tram 9 autour de ce qui fait patrimoine pour eux le long de cet axe, et de synthétiser ces impressions en courtes phrases tamponnées sur des affiches exposées dans l’espace public. Le travail d’identité visuelle réalisée par Ne Rougissez Pas ! pour le Grand Tour du Boulevard des Arts a servi de base à la conception des affiches et des tampons typographiques du TAPATOR.

La production des affiches a été précédée et suivie d’un atelier d’écriture. L’autrice Métie Navajo, en résidence d’écriture au Théâtre Jean-Vilar de Vitry autour de la question « Qu’est-ce qui nous appartient ? », a apporté son aide aux étudiantes autour de deux axes : préparer la collecte et la retranscription des impressions des habitants ; faire le récit de leurs propres impressions du Grand Tour dans un carnet de bord personnel.

« Enclencher la construction du TAPATOR » (extrait du carnet de bord)

Lycée Chérioux, deuxième semaine de cours.

Nous sommes étalées sur les trois espaces de la salle de classe. Une partie de nous est installée dans la pièce habituellement réservée à l’expression plastique. Nous essayons de résoudre des problèmes visuels et techniques de la charrette. Nous sommes en petit cercle et discutons vivement. Assises à moitié sur les tables en tréteaux ou debout devant le tableau, le feutre passe de main en main, les traits se dessinent, s’effacent, se redessinent… Les arguments fusent. La pièce est chauffée autant par le soleil que par les cerveaux en action. En passant dans la salle des machines, un plus petit groupe est au travail. Nous débitons, rabotons, perçons et vissons les tasseaux de bois. Nous tenons les longues pièces, cherchons le niveau, enfilons des gants… Il faut trouver le point d’équilibre du châssis. Des éléments sont empilés pour faire reposer la pièce à l’horizontale : cartons, chutes de bois… On a besoin d’être plusieurs pour maintenir l’ensemble. L’opération s’avère à la fois d’une grande précision et complètement bricolée. Les rires résonnent de concert avec le bruit de machines. Dans la dernière salle, sur une table, deux d’entre nous sont affairées à la création de la presse typographique. Un amas de petits cubes en bois jonche la surface de la table. Les lettres découpées au laser sont pareillement éparpillées. C’est un jeu de puzzle qui s’opère pour ré-assembler les morceaux qui forment une lettre et les coller sur un cube de bois afin de confectionner un tampons. Il y en environ 250 à assembler. L’une de nous fait des allers-retours entre la table des tampons et la machine de découpe laser fumante. Sa vapeur nous pique les yeux et la gorge. Dans le fond de la salle, les dernières d’entre nous travaillent sur la partie médiation du projet. Nous nous demandons comment amener les personnes à parler de leur rapport à leur territoire. Nous organisons de nombreux petits jeux pour faciliter l’échange à partir du Fonds iconographique du patrimoine ordinaire ainsi que la carte du territoire. Nous attendons encore la plastifieuse promise par Jérémie pour que ces éléments puissent devenir cartes à jouer.

La suite du carnet de bord est à lire en marge de chaque étape du Grand Tour.

Jérémie Buttin, enseignant, DSAA Alternatives Urbaines, Vitry-sur-Seine

Colette Ducamp, designer graphique, collectif Ne Rougissez Pas !

Florent Alexandre, designer produit, collectif Ne Rougissez Pas !

Métie Navajo, écrivain en résidence, Théâtre Jean-Vilar de Vitry-sur-Seine

Stefan Shankland, directeur artistique de l’AMO artistique et culturelle Boulevard des Arts

Les étudiantes du DSAA Alt-U, années 2019-2020

Atelier 11 km + 24 mois

11 km, édition, DSAA Alternatives Urbaines, Lieux Communs Production, Building Paris, 2017

11 km / 33 mn, vidéo, DSAA Alternatives Urbaines, Lieux Communs Production, 2018

Le TAPATOR (TAmpons du PATrimoine ORdinaire), DSAA Alternatives Urbaines, Lieux Communs Production, Ne Rougissez Pas !, 2019

Identité visuelle du Grand Tour du Bouvelard des Arts, Ne Rougissez Pas !, 2019

« Qu’est-ce qui nous appartient ? », résidence d’écriture en cours, Métie Navajo, Théâtre Jean-Vilar de Vitry-sur-Seine

Les étudiantes du DSAA Alternatives Urbaines ont rédigé leur carnet de bord du Grand Tour. Un atelier d’écriture animé par Métie Navajo, autrice en résidence au Théâtre Jean-Vilar de Vitry.

 

« Chemin faisant » (Camille)

on construit, ça y est

2 roues de vélo et puis

nos cerveaux se connectent s’actionnent, objectif TAPATOR

comment ça marche ? comment ça tient ?

sur le grand tableau blanc, s’accumulent les schémas : coupe, perspective

des flèches

on efface

on tente d’essayer

expliquer avec des gestes

articuler les idées

parler parler fort

écouter fort aussi

contreventement, tasseau, 3,7 cm et tige filetée

tout s’apprend tout de suite, découvrir-agir

nous sommes

ensemble

en même temps

 

« Moi ce que je pense c’est que… » (Nina)

Nous installons notre TAPATOR !

Nous sommes contentes, il est beau et amusant.

Les jeunes arrivent. On ne sait pas trop comment les accueillir, mais on se débrouille.

On leur fait faire des petits « jeux » pour les faire parler et déverrouiller la parole. Notre mission est de recueillir des témoignages sur leur façon de vivre et voir leur ville, sur ce qu’il savent et pensent du Boulevard des arts.

Nos questions les surprennent. Ils ne comprennent pas trop ce qu’on peut bien attendre comme réponses quand on leur demande si il y a des choses à faire culturellement dans leur ville. Ils ne connaissent pas grand chose de chez eux. « Ah, c’est pour ça les travaux ?! », « On n’y fait qu’y dormir », « Pas vu pas entendu, c’est ça le boulevard des arts ». Finalement je me demande ce qu’on peut bien en tirer. Pas grand chose si ce n’est constater le manque cruel de résonance entre les habitants et leur territoire.

 

« Y en a marre de rester entre artistes » (Asia)

Le TAPATOR n’a pas beaucoup de clients – c’est à nous de nous exprimer – place au calme et à la discussion – c’est sûrement le lieu qui le permet – on tamponne – on rigole – on tamponne – alors qu’est ce que c’est pour nous le Grand Tour ? – et le Boulevard des Arts ? – on partage les témoignages et les anecdotes – on tamponne – on rigole – on tamponne.

 

« Sortir transformée du Grand Tour » (Léa)

Pour moi, l’un des derniers souvenirs de groupe pour ce projet du Grand Tour se passe à la Briqueterie. Nous étions toutes fatiguées, mais cette fatigue déclenchait l’effervescence. Nous partagions nos souvenirs pour tenter de créer nos propres affiches. Toutes autour des tables ou du TAPATOR, nous étions actives, chacune à notre manière. Je me souviens de nos rires.